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Résumé :
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Don Juan Manuel, grand noble castillan du XIVe siècle qui se considérait presque comme légal dun roi et qui participa activement aux intrigues politiques de son temps, y compris contre son souverain Alphonse XI, est aussi lun des plus grands auteurs du Moyen Âge hispanique. Son uvre la plus célèbre, El conde Lucanor (1335), est principalement composée de récits exemplaires quun conseiller avisé, Patronio, expose à son seigneur, le comte Lucanor, pour laider à résoudre les problèmes éthiques et politiques auxquels il est confronté. La représentation du monde ainsi offerte, où dominent les faux-semblants, les ruses et les paradoxes les plus subtils, invite lhomme à déjouer les pièges des signes, voire à les manipuler à son profit. Cest à ce prix que le grand noble peut espérer accroître ses biens et son honneur, mais aussi assurer son salut, deux préoccupations toujours conjointes chez Don Juan Manuel. Au-delà de son apparente rigidité formelle, que lon aurait tort dassocier à un sens univoque, le discours exemplaire soffre lui-même à linterprétation, solidaire de relations de pouvoir. En passant des signes du monde aux signes du texte, ce pouvoir simpose ou se négocie, se représente ou se dérobe, sécrit en toutes lettres ou refuse de se dire. Cest à cette ondoyante écriture du pouvoir quOlivier Biaggini consacre son livre.
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